Brexit : dix ans après, quel bilan pour le Royaume-Uni ?
Dix ans après le référendum du 23 juin 2016, le Brexit continue à occuper une place centrale dans la société britannique.
Organisée à l'initiative du gouvernement de David Cameron, ce référendum avait conduit 51,9 % des électeurs à voter en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, contre 48,1 % qui souhaitaient y rester. Le Royaume-Uni a officiellement quitté l'Union européenne le 31 janvier 2020, avant la fin de la période de transition qui avait été fixée au 31 décembre 2020.
Le Brexit, contraction des mots Britain et exit, est intervenu dans un contexte marqué par la montée des mouvements populistes et eurosceptiques. Des personnalités telles que Nigel Farage, alors à la tête du UK Independence Party (UKIP), parti d'extrême droite, avaient largement contribué à placer l'immigration, la souveraineté nationale et la critique des institutions européennes au cœur du débat public. Leur influence avait également conduit le Parti conservateur à durcir progressivement sa position sur la question européenne, jusqu'à l'organisation du référendum.
Le slogan « Take Back Control » (« Reprendre le contrôle ») était ainsi rapidement devenu le cri de ralliement de la campagne en faveur du Brexit. Les partisans du Brexit promettaient de redonner au Royaume-Uni la maîtrise de ses frontières, de son immigration, de ses lois et de sa politique commerciale. Ils assuraient également que les économies réalisées grâce à la fin de la contribution britannique au budget de l'Union européenne permettraient de renforcer les services publics, notamment le National Health Service (NHS).
Dix ans plus tard, quel bilan peut-on tirer de ces engagements ? Sur le plan institutionnel, l'une des principales promesses a bien été tenue. Le Royaume-Uni a retrouvé sa souveraineté législative et n'est plus soumis au droit de l'Union européenne.
Le gouvernement britannique est désormais libre de négocier ses propres accords commerciaux et de définir sa propre politique migratoire.
Depuis 2021, plusieurs accords de libre-échange ont ainsi été conclus avec différents partenaires internationaux, certains à des conditions relativement comparables à celles dont bénéficie l'UE (et donc le Royaume-Uni pre-Brexit), d'autres ont été conclus à des conditions moins favorables.
Les effets économiques du Brexit semblent encore plus contrastés. La sortie du marché unique et de l'union douanière a entraîné la mise en place de nouvelles formalités administratives et de contrôles douaniers pour les échanges avec l'Union européenne et de nombreuses entreprises britanniques ont ainsi dû adapter leurs activités à ces nouvelles contraintes, pesantes et coûteuses. Si de nouveaux accords commerciaux ont bien été conclus, l'Union européenne demeure néanmoins le premier partenaire commercial du Royaume-Uni et le renchérissement des échanges commerciaux a un impact direct sur le coût de la vie au Royaume-Uni.
La question de l'immigration, autre thème majeur de la campagne référendaire, continue elle aussi à alimenter le débat. La fin de la libre circulation a certes entraîné une baisse des arrivées de citoyens européens mais, dans le même temps, l'immigration en provenance de pays situés hors de l'Union européenne a progressé de façon très significative. Ainsi, l'objectif d'une réduction globale de l'immigration, largement mis en avant en 2016, est loin d'être atteint et fait toujours l'objet de polémiques et débats.
Le constat est similaire concernant le National Health Service (NHS). Les partisans du Brexit affirmaient que les économies réalisées permettraient d'augmenter les moyens alloués au système de santé. Tout le monde se souvient des £350 millions par semaine promis par Boris Johnson pour le NHS sur son bus rouge lors de la campagne du Brexit! Dix ans plus tard, le NHS n'a évidemment pas vu ces financements et continue de faire face à un manque structurel de personnel, à des tensions budgétaires et à des délais d'attente importants.
Au-delà des aspects économiques et sociaux, le Brexit a également profondément transformé la vie politique britannique. Les négociations avec l'Union européenne ont conduit à plusieurs changements de gouvernement et à une recomposition du paysage politique. Après l'UKIP acteur majeur du Brexit, Reform UK, parti aussi dirigé par Nigel Farage, s'est imposé comme un acteur majeur de la vie politique britannique en poursuivant un discours centré sur l'immigration, la souveraineté nationale et la critique des élites et de l' "establishment".
Dans un monde faisant face à de grandes incertitudes, à une instabilité accrue et à des changements géopolitiques significatifs, le Royaume-Uni se trouve dans une position affaiblie post Brexit -de part son isolement- en matière de politique étrangère, malgré son statut de puissance nucléaire et des accords bilatéraux de coopération. Cela conduit aujourd'hui à des tentatives de rapprochements et de collaboration rapprochée avec l'EU.
Du côté de la France, un rapprochement avec le Royaume-Uni est encouragé. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a récemment déclaré que la France serait prête à soutenir un retour du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne si Londres en faisait la demande. Il a toutefois rappelé qu'une telle réadhésion impliquerait les mêmes droits et obligations que pour tout État membre.
Dix ans après le référendum, le Brexit demeure donc un sujet de débats et de controverses dans la société britannique tout comme au sein de l'Union européenne. Si certaines promesses, comme le retour de la souveraineté législative, ont été mises en œuvre, d'autres, notamment en matière d'immigration, de croissance économique ou de financement du NHS, continuent à susciter des discussions et débats. Le Brexit demeure ainsi un tournant majeur de la société britannique dont les conséquences politiques, économiques et sociales continuent de façonner les relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne.